Je vais expliquer rapidement comment
fonctionne le système éducatif américain, très différent du nôtre.
Plaçons-nous à
la fin du lycée : comme nous, les Américains le terminent à 17-18 ans
(leur high school est en réalité assez différent du notre, beaucoup plus facile
et axé glande que chez nous, mais peu importe ici). Ensuite, leur university
comporte deux parties distinctes :
1)
le « college »
(ce sont alors des undergraduate students/ou undergrads) qui dure quatre
années ;
2)
puis, ceux qui
souhaitent effectuer des études de droit, vont en law school qui dure
trois années (graduate students, qui sont appelés les JD (Juris Doctor) en
droit : 1L, 2L, 3L). J’ai pris l’exemple de la law school, mais ce
peut être une business school, ou pas de school du tout : beaucoup
d’Américains arrêtent leurs études après le « college », voire le
lycée.
College, c’est ce qu’on voit à la
TV: les jeunes diplômés du « bac » qui se cassent du cocon familial pour
4 années de vie sur un campus, avec les matchs de foot US, les pompom girls,
les bals de promo et tout le tintouin. Chaque undergad se choisit une major
(spécialité), avec les matières de son choix (sciences po, maths, histoire,
biologie, informatique…), parfois à l’aveugle, parfois en prenant en compte ses
objectifs futurs (ex: un étudiant projetant d’entrer en « medical
school » après le college choisira des cours de biologie). Souvent, ce
sont des années pas vraiment exténuantes et très amusantes pour les étudiants.
| Ceci est une frat party avec des undergrads (source: stacksmag.net) |
Ce système peut être déconcertant
pour un Européen qui, sauf exception (ex: informatique), ne voit pas trop
l’utilité formatrice de ces quatre années. Mes amis JD avaient pris des major au college
complètement opposées les unes des autres, et tous semblaient penser que l’intérêt
de ces 4 années avait été social plus qu’éducatif. Tandis que certains estiment que c'était une perte de temps assez chère, d’autres considéraient qu’il
s’agissait des meilleures années de leur vie et n’en regretteraient jamais
l’investissement.
En bref, vous
aurez donc compris que ceux qu’on appelle les « 1L » n’ont pas 18-19
ans comme la majorité des L1 en France, mais 18-19 + 4 = au moins 22-23 ans. En
réalité, ils avaient même tous au moins 24-25 ans pour 2 raisons :
- les Américains ne se
précipitent pas dans leur vie, comptant année après année pour savoir s’ils
sont en retard dans l’échelle de la réussite : il est très fréquent
qu’après « college », ils se mettent à voyager ; enchainent
quelques jobs ; fondent une famille, en attendant de décider ce qu’ils
souhaitent vraiment faire.
- vu le coût des études de droit,
ils évitent de prendre cette décision à la légère. Certains mettent un peu
d’argent de côté, d’autres effectuent un stage en cabinet ou entreprise
(« paralegal » ou « intern », attention aux distinctions
entre leurs différents types de stages qui ne correspondent pas tous à notre
terme de « stage » !).
Pour ma part, j’ai trouvé extrêmement
enrichissant de découvrir leur conception de la vie et des études. Cela m’a
appris à relativiser énormément de choses.
· Le parcours d’un JD
En bref, les 1L sont les plus
stressés de toute la fac de droit. La formation du JD ne durant que 3 ans, il
ne passera pas sa 1ère année de droit à roucouler sur les terrasses
et à sécher les ¾ de ses cours ; c’est au contraire la plus intense. En
voici la raison :
- Durant l’été n°1 (entre 1L et
2L) : le JD effectue un stage peu important, souvent mal payé, dans une
structure quelconque. Mais ça, il s’en fout : ce qu’il redoute, c’est la
recherche du stage de l’été n°2, aussi appelé la summer association. Et
cette recherche commence dès le mois d’août de l’été n°1, de façon si
structurée et encadrée que tous les étudiants sont censés avoir leur summer
position dans les deux mois.
- Durant l’été n°2 (entre 2L et
3L) : le JD effectue son stage de summer associate, souvent dans un grand
cabinet américain qui va le payer extrêmement bien, à ne quasiment rien faire.
Et ce stage est très important car la quasi-totalité des « first year
associate positions » (en gros, les collaborations, une fois les études de
droit terminées) sont accordées aux summer associates de l’année précédente. Les
Américains disent parfois qu’il faut vraiment le faire pour ne pas se la voir
offrir.
Vous
avez donc compris la raison du stress des 1L : ce sont leurs notes qui
importent le plus puisque ce sont les seules dont ils disposeront durant
l’été n°1, quand ils candidateront pour été n°2. Et inversement, vous repérerez
rapidement les 3L de par leur zénitude : les joues rosies, le ventre bien
rempli de par leur portefeuille garni de l’été précédent, ils choisissent des
cours folkloriques et chantent du Bob Marley aux pauses. Bon j’exagère un peu,
mais clairement, ils ne se font pas de cheveux blancs – à moins d’être parmi
les quelques malchanceux cherchant encore.
Et ces JD, vous les côtoierez quotidiennement.
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