04/02/2015

Le système américain : comprendre le JD dans son habitat naturel




Je vais expliquer rapidement comment fonctionne le système éducatif  américain, très différent du nôtre. 


Plaçons-nous à la fin du lycée : comme nous, les Américains le terminent à 17-18 ans (leur high school est en réalité assez différent du notre, beaucoup plus facile et axé glande que chez nous, mais peu importe ici). Ensuite, leur university comporte deux parties distinctes :
1)      le « college » (ce sont alors des undergraduate students/ou undergrads) qui dure quatre années ;
2)      puis, ceux qui souhaitent effectuer des études de droit, vont en law school qui dure trois années (graduate students, qui sont appelés les JD (Juris Doctor) en droit : 1L, 2L, 3L). J’ai pris l’exemple de la law school, mais ce peut être une business school, ou pas de school du tout : beaucoup d’Américains arrêtent leurs études après le « college », voire le lycée.  


College, c’est ce qu’on voit à la TV: les jeunes diplômés du « bac » qui se cassent du cocon familial pour 4 années de vie sur un campus, avec les matchs de foot US, les pompom girls, les bals de promo et tout le tintouin. Chaque undergad se choisit une major (spécialité), avec les matières de son choix (sciences po, maths, histoire, biologie, informatique…), parfois à l’aveugle, parfois en prenant en compte ses objectifs futurs (ex: un étudiant projetant d’entrer en « medical school » après le college choisira des cours de biologie). Souvent, ce sont des années pas vraiment exténuantes et très amusantes pour les étudiants. 

Ceci est une frat party avec des undergrads (source: stacksmag.net)
 Ce système peut être déconcertant pour un Européen qui, sauf exception (ex: informatique), ne voit pas trop l’utilité formatrice de ces quatre années. Mes amis JD avaient pris des major au college complètement opposées les unes des autres, et tous semblaient penser que l’intérêt de ces 4 années avait été social plus qu’éducatif. Tandis que certains estiment que c'était une perte de temps assez chère, d’autres considéraient qu’il s’agissait des meilleures années de leur vie et n’en regretteraient jamais l’investissement. 


En bref, vous aurez donc compris que ceux qu’on appelle les « 1L » n’ont pas 18-19 ans comme la majorité des L1 en France, mais 18-19 + 4 = au moins 22-23 ans. En réalité, ils avaient même tous au moins 24-25 ans pour 2 raisons :

- les Américains ne se précipitent pas dans leur vie, comptant année après année pour savoir s’ils sont en retard dans l’échelle de la réussite : il est très fréquent qu’après « college », ils se mettent à voyager ; enchainent quelques jobs ; fondent une famille, en attendant de décider ce qu’ils souhaitent vraiment faire.

- vu le coût des études de droit, ils évitent de prendre cette décision à la légère. Certains mettent un peu d’argent de côté, d’autres effectuent un stage en cabinet ou entreprise (« paralegal » ou « intern », attention aux distinctions entre leurs différents types de stages qui ne correspondent pas tous à notre terme de « stage » !).

Pour ma part, j’ai trouvé extrêmement enrichissant de découvrir leur conception de la vie et des études. Cela m’a appris à relativiser énormément de choses. 


·       Le parcours d’un JD


                  En bref, les 1L sont les plus stressés de toute la fac de droit. La formation du JD ne durant que 3 ans, il ne passera pas sa 1ère année de droit à roucouler sur les terrasses et à sécher les ¾ de ses cours ; c’est au contraire la plus intense. En voici la raison :


- Durant l’été n°1 (entre 1L et 2L) : le JD effectue un stage peu important, souvent mal payé, dans une structure quelconque. Mais ça, il s’en fout : ce qu’il redoute, c’est la recherche du stage de l’été n°2, aussi appelé la summer association. Et cette recherche commence dès le mois d’août de l’été n°1, de façon si structurée et encadrée que tous les étudiants sont censés avoir leur summer position dans les deux mois. 


- Durant l’été n°2 (entre 2L et 3L) : le JD effectue son stage de summer associate, souvent dans un grand cabinet américain qui va le payer extrêmement bien, à ne quasiment rien faire. Et ce stage est très important car la quasi-totalité des « first year associate positions » (en gros, les collaborations, une fois les études de droit terminées) sont accordées aux summer associates de l’année précédente. Les Américains disent parfois qu’il faut vraiment le faire pour ne pas se la voir offrir. 


                Vous avez donc compris la raison du stress des 1L : ce sont leurs notes qui importent le plus puisque ce sont les seules dont ils disposeront durant l’été n°1, quand ils candidateront pour été n°2. Et inversement, vous repérerez rapidement les 3L de par leur zénitude : les joues rosies, le ventre bien rempli de par leur portefeuille garni de l’été précédent, ils choisissent des cours folkloriques et chantent du Bob Marley aux pauses. Bon j’exagère un peu, mais clairement, ils ne se font pas de cheveux blancs – à moins d’être parmi les quelques malchanceux cherchant encore.

                 
                Et ces JD, vous les côtoierez quotidiennement.  

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