La première
chose à laquelle il faut prendre garde lorsqu’on cherche un stage à l’étranger,
ce sont les différences terminologiques qui peuvent créer des malentendus avec
les recruteurs. Vous souvenez-vous de ce que je disais sur le parcours du JD
américain ? Vous avez compris qu’il se retrouve avec trois possibles types
de stages juridiques dans sa vie :
a/ le stage facultatif pendant l’undergrad
ou entre l’undergrad et la Law School. C’est l’hypothèse de l’étudiant de
College (pas « collège » attention) qui s’intéresse déjà au droit, ou
qui a un membre de sa famille qui bosse dans un cabinet et veut se lancer à son
tour sur le sentier familial, ou même d’une personne plus âgée qui a un peu
fait sa vie et un jour s’est dit « pourquoi pas du droit ? Mais je
vais d’abord faire un stage pour voir si c’est vraiment comme dans Suits, parce
que ça me fait quand même débourser environ 220 000$ sur trois ans ».
En bref : c’est le stage
effectué avant le début de la fac de droit. Cela peut se traduire par
« internship » ou « paralegal position ».
b/ le stage (quasi) obligatoire
entre 1L et 2L (l’été n°1) qui a lieu en juin et juillet, et non pas en août
car les 1L-soon-to-be-2L sont trop occupés à chercher leur stage de l’été n°2
pendant ce mois-ci (celui qui importe vraiment). La qualité de ce stage varie considérablement :
des semaines de photocopies quasi pas payées pour certains ; pour d’autres,
c’est extrêmement enrichissant, hésitant entre être procureurs, défendre les
pandas ou travailler du côté obscur de la force, ça les aide pas mal.
C’est donc le stage effectué
entre 1L et 2L (été n°1), qui peut se traduire par internship ou training,
ou même une paralegal position.
c/ le « stage » hyper
important, en tout cas pour ceux qui veulent bosser plus tard en grand cabinet
d’avocats, entre 2L et 3L (l’été n°2) : la summer associate position.
Voyez-vous la nuance ? En réalité, le mot stage ne figure même plus, ce
sont des « collaborateurs d’été » après à peine deux années de droit
dans toute leur vie. Et la rémunération correspond au titre (entre 20 000
et 35 000$ les 2-3 mois) puisqu’elle est calculée au prorata temporis de
ce que gagne un 1st year associate (collaborateur de 1ère année).
Donc voyez bien la différence
terminologique : tandis que les Français futurs avocats se font appeler « stagiaire » après 5 ou 6 années de droit, un
CRFPA, et déjà 8 mois de stage derrière eux… et ce jusqu’à ce qu’ils décrochent
le CAPA, les Américains se voient déjà flatter l’égo et le portefeuille après 2
années et quasi aucune expérience professionnelle – après, bien sûr, non
seulement leurs études coûtent beaucoup plus cher, mais en plus tous les
étudiants de droit des USA ne sont pas dans cette position, pas mal galèrent
énormément à trouver ce genre de positions car la concurrence est rude.
Cette summer association c’est
parfois un peu le Club Med version $$$. Les cabinets US veulent séduire leurs
candidats, leur donnent des tâches pas très compliquées, organisent cocktails et
pool parties – je recevais régulièrement les photos whatsapp de mes camarades
l’été dernier, j’avais envie de les cogner – en bref, ils camouflent un peu le fait qu’ils
morfleront plus tard, ce que tout le monde sait de toute façon. Je précise
encore une fois que je parle des très grandes structures sur lesquelles la
plupart des étudiants en droit US fantasment, c’est sans doute très différent
chez les autres. Et comme je vous le disais dans mon autre article, cet été n°2
est très important puisque l’année suivante, lesdits cabinets sélectionnent
leurs 1st year associates parmi leurs summer associates de l’année
précédente. J’ai souvent entendu que ceux qui ne se voyaient vraiment rien
offrir l’année suivante avaient soit très peu de chance (exemple : problèmes
financiers du cabinet), avaient vraiment merdé, ou avaient eux-mêmes décidé que
ça ne leur plaisait pas. Je n’en sais rien car je ne l’ai pas fait, mais je
sais que les étudiants qui ne peuvent pas compter sur une suite donnée à leur
summer association sont souvent en grande panique puisqu’ils doivent redoubler
d’efforts pour se faire admettre dans les autres grandes structures, si c’est
ce qu’ils veulent.
Qu’en est-il
du « stage » à la fin de la 3L ? Eh bien, la plupart du temps…
il n’existe pas. Au début de sa 3L, le JD aura reçu une offre de 1st year
associate du cabinet de l’été dernier dont il décidera le début qu’il
casera souvent vers le mois de septembre de l’année suivante, afin de se
laisser le temps de passer le barreau (en février ou en juillet). Et
s’il se rate, le recrutement a généralement quand même lieu, et il retentera sa
chance lors de la session suivante. Parfois il commencera le travail encore
plus tard que septembre afin de se laisser quelques mois pour voyager/faire la
fête.
A nuancer toutefois :
certains ne commencent pas une collaboration immédiatement après leur 3L et
décident d’effectuer un clerkship que je vais définir plus bas. Je n’ai
abordé que la situation que j’ai vu le plus souvent et je ne m’attarde donc pas
sur ce cas de figure.
Donc
vous l’avez compris, le 1st year associate est un collaborateur qui n’a en
moyenne que quelques mois de stage en cabinet et qui a commencé à étudier le
droit seulement trois années auparavant. Dit autrement, un stagiaire français
qui a enchainé les expériences professionnelles et attend de passer son CAPA
est – en principe et dans l’absolu – mieux formé qu’un collaborateur de
première année US.
Ainsi, il est impératif de
prendre en compte ce que votre interlocuteur américain comprend lorsque vous
utilisez certains mots. Et vous avez compris que contrairement à la France, en
principe (il existe des exceptions), vous ne pouvez pas débarquer à n’importe
quel moment de l’année pour obtenir l’équivalent d’un « stage » dans
un cabinet américain.
En conclusion, TOPO DE CHOSES A
RETENIR A L’ATTENTION DU JEUNE JURISTE FRANÇAIS :
- intern : en
cabinet, souvent une fonction qui ne demande que peu de qualifications et qui
ne nécessite pas de connaissances juridiques particulières. C’est un peu
différent pour les stages en entreprise, le terme a alors l’air de couvrir plus
de choses. N’hésitez pas à demander à
votre interlocuteur les tâches confiées.
- paralegal : une
sorte d’assistant en droit qui souvent, n’a pas (encore) commencé ses études de
droit ; ou bien des étrangers qui ont étudié leur droit dans leur pays
mais ne peuvent pas exercer et veulent se faire des contacts/un peu d’argent en
attendant de régulariser les choses.
- summer associate
position : si vous n’avez toujours pas compris ce que c’est, je
suis super naze. Cela a toujours lieu l’été (duh.), et vous inclut dans la
liste des candidats à la 1st year association – si votre statut visa ne pose
pas trop de souci, alors votre candidature a toutes ses chances. Par contre ce
n’est pas vraiment adapté à des étrangers qui auront déjà exercé quelques
années le droit, qui auront l’impression de faire un bond en arrière. En bref,
chacun sa stratégie mais si on se voit offrir une telle place, je pense qu’on a
tout à gagner à l’accepter.
- trainee : le
terme le plus fidèle à notre mot « stagiaire », plus adapté que
« intern » selon moi. En Angleterre, cela a un sens très particulier
puisqu’il s’insère dans une formation encadrée d’un certain nombre de mois,
mais je ne suis pas qualifiée pour en parler. Certains cabinets hors UK ont des
trainees qui ne sont pas des summer associates, à vous de vous renseigner;
c’est aussi un terme assez générique en entreprise. Encore une fois, demandez
ce que la position recouvre.
- clerkship / law clerk :
fait souvent référence à une position en juridiction aux Etats-Unis,
et pour le coup, c’est très bien vu. Ce sont souvent les meilleurs des meilleures
facs qui obtiennent les places de clerks au sein des juridictions suprêmes, et
même sans aller jusque là, il faut avoir de très bonnes notes pour y accéder.

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